Lutter contre l’épuisement professionnel

28 novembre 2018

KBF Canada appuie le Wellbeing Project avec lequel il collabore pour mettre au point un centre de connaissances afin d’étudier la manière dont la recherche sur le bien-être intérieur peut soutenir les personnes travaillant pour des organisations en faveur du changement social. Les résultats de la recherche seront mis à la disposition du public. Nous nous sommes entretenus avec l’équipe de recherche.

Quelles sont les causes de l’épuisement professionnel dans le domaine du changement social ?

« La plupart des organisations en faveur du changement social assument des missions sociales dans des climats politiques tendus et extrêmement complexes avec très peu de ressources. Ces organisations subissent également des pressions en vue d’évoluer constamment pour conserver leur pertinence : les réponses traditionnelles aux problèmes sociaux sont de moins en moins efficaces dans ces environnements complexes. Les personnes chargées de mener à bien ces missions sociales sont tellement occupées à résoudre des défis externes, qu’elles en oublient leurs propres ressources et finissent par s’épuiser. La recherche et l’expérience contribueront à sensibiliser l’opinion à l’épuisement professionnel dans le domaine du changement social. C’est ce que le Wellbeing Project cherche à faire en menant des recherches qualitatives sur les acteurs du changement dans le monde. »

 

Qu’ont révélé vos recherches en ce qui concerne le bien-être des personnes travaillant au sein d’organisations pour le changement social ?

« L’épuisement professionnel est devenu synonyme de la culture de travail actuelle, hyperconnectée, toujours réactive et en évolution rapide dans tous les secteurs. Dans le contexte du changement social, les recherches effectuées par le Wellbeing Project révèlent ce que vivent souvent un grand nombre de personnes impliquées dans le changement social. Comme ces personnes travaillent généralement en situation de crise, elles ont l’impression de ne pas avoir d’objectif déterminé, elles éprouvent des difficultés à trouver un partenaire de vie, elles se sentent coupables de ne pas consacrer suffisamment de temps à leur famille ou à leur travail, elles souffrent d’exténuation, de formes de dépendance, de solitude et d’une série de problèmes de santé. Tous ces facteurs empiètent sur leur santé physique, émotionnelle, spirituelle et/ou mentale ainsi que sur leurs relations.

 

Nous avons appris que de nombreux leaders du changement se sentent intensément dépassés par l’énormité des problèmes qu’ils rencontrent et par la culpabilité de ne pas pouvoir relever ces défis. Ils se retrouvent à passer trop de temps loin d’eux-mêmes et de leur famille en essayant de résoudre ces problèmes. Soixante leaders mondiaux du changement social ont participé au programme de développement intérieur d’une durée de 18 mois, mis au point par le Wellbeing Project.

 

 

La plupart d’entre eux se sentaient épuisés et beaucoup moins passionnés par leur travail à cause des procédures bureaucratiques, des cycles de financement interminables et de la gestion constante du personnel et des voyages. Les participants ont signalé plusieurs changements à l’issue de ce programme, notamment le fait de se montrer sous un autre jour, d’écouter et de tisser des liens étroits, d’être ouverts et flexibles, de se sentir joyeux et calmes, d’être moins critiques à l’égard des autres, d’éprouver une plus grande confiance et d’être plus ouverts à la vulnérabilité. »

Comment promouvoir au mieux le bien-être sur le lieu de travail ?

« La transformation organisationnelle peut paraître un projet colossal. Il est donc important de commencer par de petits changements à l’aide d’initiatives impliquant tout le monde, pour gagner la confiance et la curiosité de tous. Vous pouvez, par exemple, commencer vos réunions par une mise au point centrée sur l’individu, afin d’instaurer une culture de travail plus inclusive et plus emphatique, essentielle à l’établissement de relations plus profondes. Il s’agit d’un facteur de réussite critique dans le changement social. Nos recherches contribueront à mettre au point un programme exploratoire organisationnel pour les organisations de changement social au printemps prochain. Cette initiative les aidera à identifier et à développer leur propre quête du bien-être et à modeler des organisations centrées sur l’être humain. Il s’agit d’une approche plus constructive et plus durable. »

Comment contribuer le mieux possible au bien-être des personnes travaillant au sein d’organisations en faveur du changement social ?

« Les recherches menées par le Wellbeing Project permettent d’établir des liens entre le bien-être des acteurs du changement social et l’efficacité de leur travail. Elles montrent à quel point il est important de donner la priorité à l’exploration personnelle et de favoriser une relation plus saine avec soi-même et avec autrui. Cela crée une collaboration, un sentiment d’appartenance et un plaisir significatifs au travail tout en réduisant les conflits interpersonnels. Les organisations en faveur du changement social devraient aussi redoubler d’efforts pour refléter en interne leurs valeurs et leurs missions externes. “Le bien-être est une nécessité, pas un luxe” et le fait de créer davantage d’occasions pour les gens de prendre du temps pour eux-mêmes, de procéder à des mises au point personnelles et de réfléchir permettra de renforcer ce message. »