C’est à elles de décider : la liberté de choix des femmes en matière de procréation au Burkina Faso

4 Décembre 2020

Alima Kollo, MS Lady
« C’est le sourire de toutes ces femmes que j’aide qui me permet de continuer »

Grâce à la générosité de ses donateurs, KBF Canada s’associe à MSI pour contribuer au financement du réseau MS Ladies en vue de répondre au besoin urgent de fournir des services de santé génésique aux femmes et aux filles de l’un des pays les plus pauvres du monde.  

« Nos prestataires sont des femmes et des hommes très courageux qui savent que nous offrons des services de santé nécessaires aux femmes burkinabées dans le besoin », explique Sylvain Ricard, représentant résident de MSI au Burkina Faso.

Donner aux femmes les instruments qui leur permettront de prendre des décisions

Le Burkina Faso occupe le 182e rang – sur 189 – selon l’indice de développement humain 2019 des Nations Unies. Ce pays a grandement besoin de services de santé génésique ; chaque jour, cinq femmes meurent de complications liées à la grossesse. En milieu rural, les familles sont généralement très nombreuses et les femmes assument la responsabilité quasi totale d’élever les enfants. Les adolescentes sont souvent forcées de se marier très jeunes, les mères non mariées risquant de se voir rejeter de leur foyer et de tomber dans la prostitution.

La liberté, pour les femmes, de choisir si elles souhaitent ou non avoir des enfants et à quel moment leur permet de décider de ce qu’il y a de mieux pour leur famille et leur santé et contribue, à terme, à réduire les taux élevés de mortalité maternelle et infantile du Burkina Faso. La prévention des grossesses chez les adolescentes permet à ces jeunes filles de poursuivre leur éducation et de briser le cycle de la pauvreté. Afin de proposer des services de santé génésique aux populations démunies et difficiles à atteindre au Burkina Faso, MSI déploie 34 MS Ladies, des sages-femmes mobiles qui se rendent dans les zones mal desservies pour offrir un large éventail de choix contraceptifs ainsi que des conseils en matière de planification familiale et des services de prévention et de traitement contre les maladies sexuellement transmissibles. Elles sont appuyées dans leur action par le ministère burkinabé de la Santé, qui leur donne accès à des établissements de santé publique.

Une journée sur le terrain

Auparavant à la tête d’un service de maternité public, Alima Kollo travaille désormais en tant que MS Lady depuis ces six dernières années. « J’ai choisi d’intégrer le réseau de MS Ladies, car ce travail me permet bien plus d’aider les femmes en âge de procréer », explique-t-elle. Alima Kollo parcourt 50 kilomètres par jour pour parler de la santé génésique et fournir des services adaptés à chaque besoin. « Nous présentons toutes les options dont nous disposons, en expliquant les avantages et les effets secondaires. Chaque femme décide de ce qui lui convient le mieux et, surtout, du moment auquel elle veut avoir un enfant », ajoute-t-elle.

Les journées de travail sur le terrain ne se ressemblent pas. Un mercredi fin octobre, Alima Kollo et sa collègue Édith sont parties tôt le matin, emportant tout leur équipement. Elles sont arrivées vers 9 heures dans le centre bondé de Zongo, une localité située dans le nord-ouest du département de Ouagadougou, où elles s’occupent en général de près de 50 femmes en une seule journée. Les deux MS Ladies ont parlé à un groupe de femmes de la planification familiale, de la contraception et des services qu’elles proposent. Après avoir répondu à leurs questions et préoccupations, elles ont assuré des consultations individuelles. Une femme âgée de plus de 40 ans et déjà mère de trois enfants voulait se faire poser un stérilet. Elle s’inquiétait de la douleur et d’une éventuelle infection. Les deux MS Ladies ont répondu à ses inquiétudes et lui ont fait savoir que le stérilet pouvait être retiré dès qu’elle le souhaitait. « Je vous remercie infiniment. Dieu vous bénisse », leur a dit cette femme en partant. Une autre femme s’est présentée pour qu’on lui retire son implant : son dernier enfant avait sept ans et elle était prête à en avoir un autre. Après avoir remballé tout leur matériel et géré le côté administratif avec le centre de santé, les deux MS Ladies sont rentrées chez elles.

À la rencontre des femmes

Alima Kollo bénéficie du soutien d’une personne ressource au siège de MSI, avec laquelle elle communique tous les jours. MSI propose des formations, recueille des réactions en provenance du terrain et assure un suivi auprès des patientes afin de garantir la qualité des services fournis. L’équipe de MSI chargée des activités de plaidoyer noue des relations avec les autorités locales et les chefs religieux afin de s’assurer que chaque collectivité accepte le travail effectué par les MS Ladies avant leur arrivée. « Nous ne pouvons pas entreprendre un travail aussi délicat sans avoir discuté avec toutes les parties au préalable », explique Sylvain Ricard. « Nous devons respecter les traditions si nous voulons pouvoir faire notre travail. C’est aussi très important d’entendre parler des besoins de la population, de considérer les personnes avec lesquelles nous travaillons comme des ressources pour décider de ce que nous allons faire. »

À cause des barrières culturelles qui entourent la contraception, il est primordial que les MS Ladies fassent preuve de souplesse et de discrétion, en donnant aux femmes la possibilité de les contacter directement. « Nous sommes très proches de ces femmes. Elles peuvent nous contacter facilement », précise Alima Kollo. Elle laisse son numéro de téléphone dans chaque endroit où elle se rend pour que les femmes puissent l’appeler ou lui envoyer un message à propos de leurs inquiétudes ou pour convenir d’un traitement. Les femmes sont capables de combiner subtilement les services de planification familiale et les soins de routine fournis par les centres de santé. Il n’est pas rare de voir les MS Ladies s’impliquer et aider les sages-femmes locales dans tous les domaines, du dépistage nutritionnel à la naissance. Certes, les journées sont longues, mais Alima Kollo trouve son travail très gratifiant. « C’est le sourire de toutes ces femmes que j’aide qui me permet de continuer », confie-t-elle. « Elles sont très heureuses, parce qu’elles n’auront pas de grossesses surprises et qu’elles pourront s’occuper de leur famille. »