Travailler main dans la main pour répondre à la demande d’aide de Beyrouth

15 juin 2021

Le 4 août 2020, une explosion catastrophique dans le port de Beyrouth a secoué la capitale libanaise de fond en comble. Grâce à de généreux donateurs canadiens ayant des liens avec le Liban, dont la Rossy Foundation, donateur principal, KBF CANADA consacre plus d’un million de dollars US pour réparer des maisons endommagées d’habitants à faibles revenus ainsi que pour soutenir la reconstruction de l’Hôpital Saint Georges, un bâtiment historique.

La déflagration, considérée comme l’une des plus puissantes explosions non nucléaires de l’histoire, a fait plus de 200 morts et 6.000 blessés. Les dégâts qu’elle a occasionnés ont touché plus de la moitié de la ville, détruisant des maisons, des écoles, des commerces et des hôpitaux et laissant plus de 300.000 personnes sans abri.

“C’était incroyable, vous ne pouvez pas imaginer ce qui s’est passé,” dit l’ingénieur libanais Nicolas Manasseh. “Nous avons connu des années de guerre et de bombardements, mais rien de tel. Le lendemain de l’explosion, c’était l’apocalypse.”

Solidarité mondiale

Ce désastre aurait difficilement pu se produire à un pire moment. Le Liban était déjà sous le choc d’une crise économique et de la dévaluation de la livre libanaise. De nombreux citoyens n’ont plus eu accès à leurs économies lorsque les banques ont imposé un contrôle des capitaux, faisant grimper en flèche le taux de pauvreté. La mauvaise gestion de matériaux dangereux qui a provoqué la déflagration a aggravé le profond désenchantement face à la corruption et à l’inaction du gouvernement. La pandémie de COVID-19 est venue s’ajouter à cette désolation. L’économie et le système de santé ont ainsi touché leurs limites.

“L’explosion s’est produite dans une année où chaque Libanais faisait déjà beaucoup d’efforts et la solidarité provenant de donateurs non seulement libanais mais aussi internationaux a vraiment été réconfortante parce que le pays n’avait pas besoin de ça : nous souffrions déjà beaucoup de tout ce qui se passait,” dit Zeina Farhat, directrice de la collecte de fonds pour LIFE, une organisation qui regroupe des professionnels libanais dans la diaspora du monde entier.

Faute d’une réponse centralisée forte, des citoyens libanais se sont mobilisés pour nettoyer les débris et organiser les opérations de secours. De jeunes volontaires ont nettoyé les dégâts, réparé des bâtiments, distribué de la nourriture et aidé à organiser les secours médicaux. La diaspora libanaise répartie dans tous les continents s’est rassemblée pour répondre à l’appel à l’aide. L’injection de “dollars frais” d’organisations à l’étranger a été essentielle au vu de l’hyperinflation et de la crise des liquidités. “Nous ne pouvions pas ne pas participer, ni mener notre vie normale,” dit Zeina Farhat. “Pour nous, tout s’est arrêté le 4 août. Tout devait être pour Beyrouth.”

Établie en Europe, Zeina Farhat s’est rendue à Beyrouth, sa ville natale, peu après l’explosion. “Voir Beyrouth détruite comme ça était surréaliste,” dit-elle. “Mais nous avons été très heureux d’être au moins une partie de la solution.” Le mandat de LIFE vise à renforcer les liens professionnels et à promouvoir  le développement et les réformes du Liban. Bien que l’organisation ne mène habituellement pas d’action humanitaire, elle s’est sentie appelée à agir face aux évènements catastrophiques des deux dernières années. Avec SEAL, une organisation de la diaspora libanaise, LIFE a récolté 8,8 millions de dollars US pour le ‘Beirut Emergency Fund’ afin de financer la reconstruction urgente de maisons, de PME et d’hôpitaux ainsi que des soins médicaux et de santé mentale.

Aider les gens à revenir chez eux

Faire revenir les gens chez eux a été une course contre la montre. LIFE s’est associé à KBF Canada pour soutenir le suivi quotidien des projets de reconstruction financés par des Canadiens , avec l’aide de Nicolas Manasseh, un ingénieur civil libanais qui vit à Beyrouth. Il a dirigé pendant plus de quarante ans sa propre société d’ingénierie et a une large expérience de la gestion de projets de grande ampleur et de la collaboration avec des organisations internationales. “Ses connaissances n’ont pas de prix pour nous et ses valeurs sont exactement celles que nous tentons de promouvoir dans notre réseau : solidarité, don de soi, transparence, professionnalisme,” dit Zeina Farhat. Tant Nicolas Manasseh que LIFE consacrent gratuitement leur temps aux projets, leur assurant une guidance cruciale et une ‘diligence raisonnable’ dans un environnement complexe. “Pour moi, cela a été une formidable occasion d’être utile au Liban et aux gens qui sont ici dans le besoin,” dit Nicolas Manasseh. “C’est très gratifiant, surtout quand on voit ce qui s’est passé ici sur le terrain.”

Afin de fournir des refuges appropriés à ceux qui ne peuvent pas se permettre de réparer leur maison, KBF CANADA collabore avec deux jeunes ONG très flexibles et très réputées pour leur efficacité et leur transparence. “Les deux ONG que nous soutenons sont dirigées par des jeunes, et c’est le milieu le plus rafraîchissant et gratifiant qui soit après une telle catastrophe,” dit Zeina Farhat. Ces deux organisations, Beit el Baraka et Baytna Baytak, ont été sélectionnées avec l’aide de LIFE et de 3QA, des spécialistes de l’accréditation dans le secteur non-marchand. Elles gèrent chacune des équipes professionnelles d’architectes et d’entrepreneurs. “Ces ONG ont très peu de frais généraux en comparaison avec les grandes organisations internationales. Tout l’argent est vraiment dépensé pour les gens blessés et touchés par l’explosion”, explique Zeina Farhat.

Les deux ONG sont nées des besoins urgents des dernières années. Beit el Baraka a été fondée durant la crise économique de 2019 afin de soutenir des personnes âgées et autres confrontées à la pauvreté en leur fournissant des dons de matériel, des provisions journalières, des médicaments et des soins médicaux. Dès le jour de l’explosion, Beit el Baraka s’est déployée dans le quartier à bas revenus de Jesuits’ Garden, à Geitawi, une partie de Beyrouth. Les dégâts y étaient considérables, depuis des fenêtres démantelées jusqu’à des plafonds effondrés. Avec l’aide canadienne, ils réparent 84 maisons au bénéfice de 170 habitants démunis, dont la moitié sont âgés. “Nous aidons les segments les plus fragiles de la société, qui ont besoin de se sentir chez eux quand ils viennent chez nous (beit) et d’avoir une deuxième chance (baraka) dans la vie,” dit le fondateur, Maya Chams Ibrahimchah.

Baytna Baytak, qui signifie “chez nous, c’est chez vous,” a été fondée pour assurer un logement en ville à des professionnels de la santé qui agissent en première ligne contre la pandémie de COVID-19. Au lendemain de l’explosion, elle a étendu sa mission pour reloger des citoyens sans abri et restaurer des maisons pauvres. “Ce qui nous motive, c’est que nous voulons participer à la construction du Liban dont nous rêvons et où nous voulons vivre,” dit son président, Maroun Karam. Avec les fonds canadiens, l’ONG remet à neuf 298 maisons endommagées dans des quartiers à bas revenus. “Je suis heureux que Baytna Baytak est venu réparer ma maison,” dit Rene, un habitant de Geitawi âgé de 76 ans. “Après l’explosion, je ne pouvais plus y habiter. Ils ont tout réparé : les portes, les fenêtres et même le toit du balcon qui menaçait de s’effondrer.”

Soins et espoir

Le Saint George Hospital University Medical Center est le plus ancien hôpital de Beyrouth. Situé juste en face de l’épicentre de l’explosion, il a été mis hors service pour la première fois depuis 1878. Alors qu’il était déjà au maximum de sa capacité en raison de la pandémie et que ses unités de soins intensifs étaient détruites et évacuées, il a pris en charge des personnes blessées par l’explosion. Quatre membres du personnel infirmier, douze patients et un visiteur ont perdu la vie et des centaines d’autres ont été blessés.

Le projet canadien finance la reconstruction de l’unité de soins intensifs de l’hôpital et de l’unité de soins intensifs pédiatriques, suivant de près le processus de construction avec l’intervention de LIFE et de Nicolas Manasseh. Les préparations minutieuses de ce projet de grande ampleur ont eu lieu dans le contexte d’un confinement strict et de la très lourde situation sanitaire au Liban. “Quand vous parlez aux équipes administratives de l’hôpital, vous parlez à des gens qui sont vraiment en plein chaos,” dit Nicolas Manasseh. Néanmoins, les travaux sont en cours et leur date d’achèvement est prévue pour cet été.

Agir aujourd’hui pour un avenir meilleur

Alors que le Liban reste aux prises avec l’impact de ces destructions tout en luttant contre le COVID-19 et l’effondrement économique, il est souvent difficile de trouver des motifs d’espoir. “être à l’étranger et travailler pour notre pays est très gratifiant, mais il faut trouver la motivation chaque jour,” dit Zeina Farhat. “Si notre réaction à l’explosion de Beyrouth est vraiment venue du cœur, nous cherchons tous à présent une action plus durable parce que nous pensons que le Liban en a besoin.”

Pour ceux qui travaillent sur le terrain, il s’agit de se concentrer sur le moment présent. “À Beyrouth, nous avons l’habitude de vive au jour le jour,” dit Nicolas Manasseh. “Mais les Libanais sont très solides et la diaspora et la FRB sont très importants, pour notre moral, pour tout.” Répondre aux besoins urgents d’abris et de soins médicaux est un fondement essentiel pour pouvoir reconstruire le pays. Zeina Farhat a été particulièrement émue de visiter l’hôpital Saint-Georges, là où elle est née. “Je suis très heureuse d’avoir pu le faire, c’était très émouvant,” raconte-t-elle. “Ce n’est pas seulement un traumatisme pour ceux qui ont vécu l’explosion, cela s’entrecroise avec tous nos récits de vie.”